La Nef des Fous

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 Être toi à la place de toi

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Saint Glinglin
Grand Dragon
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Date d'inscription : 26/03/2014

MessageSujet: Être toi à la place de toi   Jeu 6 Aoû - 15:56

Le judaïsme a commencé comme monolâtrie.

D'abord, il a été interdit d'adorer d'autres dieux que Yahvé dans le royaume d'Israel.
Ensuite il a été interdit de lui rendre un culte ailleurs qu'à Jérusalem (business oblige).

Ensuite, il a été professé que Yahvé était plus grand que les autres dieux.

Et enfin, l'existence des autres dieux a été niée.

Mais enfin, comme les Juifs étaient dans leur coin à se raconter ces histoires, cela n'a pas eu trop de conséquences sur la marche du monde et les autres cultes se sont mutuellement reconnus pendant des siècles.

Et puis sont arrivés Alexandre et ses successeurs semant sur tout l'Orient la culture grecque. La Judée passait des Lagides aux Séleucides et des Séleucides aux Lagides et les Juifs auraient pu se contenter de payer leurs impôts comme au temps des Achéménides et vivre en paix.

Mais voici que les Hasmonéens prennent le pouvoir et se mettent à dos les Séleucides en refusant de payer tribu. Puis c'est avec Rome qu'ils se fâchent en se mêlant de la guerre d'icelle contre Mithridate. Comme l'aide de Yavhé est une chose mais que Rome c'est du sérieux, Pompée s'empare de Jérusalem et met Hérode sur le trône.

Tout aurait bien pu se passer si des agités du bocal ne s'étaient pas mis en tête qu'un messie allait venir qui avec l'aide de Yahvé aurait fait de la Judée le centre d'un empire à qui payeraient tribut toutes les nations connues des Juifs.

Et ce qui devait arriver arriva : les successeurs d'Hérode n'arrivant pas à faire la police sur une contrée sise sur une route stratégique entre l’Égypte et la Syrie, Rome envoya ses légions pour en finir. Et comme les révoltés étaient persuadés que l'aide de Yahvé les dispensaient de négocier, Rome tabassa tout le monde et détruisit le temple de Yahvé. 

Cette catastrophe donna lieu à moult spéculations théologiques sur son origine dont l'une fut la thèse de la fin de l'Alliance entre Yahvé et les Juifs et la promulgation d'une Nouvelle Alliance universelle.

Et donc le christianisme, sous une nouvelle étiquette, se fit missionnaire de l'intolérance yahviste et commença sa longue entreprise de persécutions et de massacres.

Mais il ne s'acharna pas sur le judaïsme et ne força pas les conversions. Il lui fallait que les Juifs survivent dispersés et humiliés afin que leur abaissement fut la preuve de leur abandon par Yavhé au profit de la Nouvelle Alliance.

L’Église se dit alors «verus Israel», véritable Israel, héritière légitime des promesses faites à Abraham.

Mais les Juifs n'abandonnèrent pas leur religion tandis que les chrétiens s'imaginèrent être d'identité juive et devinrent étrangers à eux-mêmes tandis qu'ils n'étaient pas reconnus comme Juifs par les Juifs. Cette schizophrénie est la source de l'antisémitisme chrétien.

«Je n'aime pas les chrétiens à cause de leur prétention à dire que la Bible est un livre chrétien. La Bible est un livre juif.»
Isaïe Lebowitz, «Israël et judaïsme»

Cet homme est plein de bon sens.

Mais voici que l'Histoire balbutia et qu'un troisième larron entra dans la danse : l'islam.

Malgré ses prétentions à être la continuité du judaïsme, le christianisme est est très différent car né comme religion apocalyptique prônant le détachement du monde et par conséquent l'inobservance des rituels mosaïques.

L'islam est lui ritualiste au possible car beaucoup plus dans la continuité du judaïsme. C'est un judaïsme absorbé par l'identité arabe où la langue d'Allah est l'arabe comme l'hébreu est celle de Yahvé et de l'humanité entière jusqu'à l'épisode de Babel.

C'est peut-être de ce ritualisme que vient sa conception d'une Histoire divisée entre temps pré-islamique appelé «jahiliya» (ignorance) et temps de l'islam et d'une géographie divisé entre «dar al islam» (maison de la paix) et «dar al harb» (maison de la guerre), les pays non-musulmans devant être conquis.

Car ce ritualisme fait du musulman un homo islamicus à temps complet sans place pour une autre identité.

L'islam a aussi sa théologie de la substitution, faisant de toutes les figures bibliques des musulmans avant l'heure et allant prétendre que c'est Ismael et non Isaac que Yavhé demanda en sacrifice et ceci à La Mecque et non à Jérusalem sur le mont Moriah.

Mais à la différence de l'Evangile où les personnages de l'AT sont à peine mentionnés et qui peut même fonctionner sans l'AT. le Coran en mentionne un tas et qui plus est avec des épisodes biographiques sans le moindre rapport avec le contenu de la Bible.

Tant que l'islam fut isolé de la chrétienté, ces bugs passèrent inaperçus de part et d'autre. Mais maintenant que des musulmans s'aventurent à comparer le Coran et la Bible, cela leur pose problème. Pour défendre la version coranique, ils en sont réduits à dire que la Bible a été modifiée après la rédaction du Coran rien que pour les embêter, ce que démentent les vieux manuscrits bibliques trouvés chez les Esséniens et dans les genizot

Je ne connais qu'une lecture de l'AT modifiée par les Juifs pour embêter les chrétiens et ceci après le IIème siècle. C'est le «Ils ont percé mes mains et mes pieds» du psaume 22 devenu «Comme un lion mes mains et mes pieds», ce qui ne veut rien dire.

Annexer l'histoire sainte du voisin pour en faire la sienne pose de plus un problème de compatibilité théologique.

Dans l'AT, il n'y a que Dieu le Père qui vienne se promener sur la terre et «se promener» est un grand mot car on n'y entend plus ses pas depuis Adam et Eve.

Avec le NT, nous avons «Dieu II, le retour».

Pour les Grecs, qu'un dieu se promène dans la campagne n'a rien d'extravagant d'où la conversion de païens au christianisme.

Pour les Juifs, c'est irrecevable. Et donc l'Evangile n'a rien à faire dans le canon juif. Affaire réglée.

Avec l'islam, c'est plus compliqué : le Coran annexe Jésus, mais pas comme dieu.

C'est une démarche complètement absurde : a-t-on vu l'AT annexer des dieux étrangers sous forme de prophètes? Certes, en grattant un peu, on va trouver que les patriarches bibliques, avec leur longévité extraordinaire, sont d'anciens dieux locaux relégués à l'état d'humains par un monothéisme intransigeant. Mais les dieux étrangers restent des dieux étrangers.

Bien sûr, il est arrivé au christianisme de régler leur compte à des dieux rivaux de la même manière mais la gnose simonienne n'est calomniée qu'en quelques lignes dans les Actes. C'est une exception qui mériterait une étude car la patristique parle bien davantage de la Gnose.

Dans les Epîtres, Paul ne dit pas que les dieux des autres sont des prophètes : «Car, s'il est des êtres qui sont appelés dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre, comme il existe réellement plusieurs dieux et plusieurs seigneurs, néanmoins pour nous il n'y a qu'un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui sont toutes choses et par qui nous sommes.» 1 Cor 8.5-6

Curieusement, ces dieux ont disparu de la théologie chrétienne. Nul n'en parle jamais.

D'autres dieux dont Paul n'a pas parlé ont eu droit à un traitement de première classe : ils ont été badigeonnés en saints chrétiens.


    Ô Saint Hubert, patron des grandes chasses,
    Toi qu’exaltait la fanfare au galop,
    En poursuivant le gibier à la trace,
    Tu le forçais sous l’élan des chevaux.
    Nous, les derniers descendants de ta race,
    Arrache-nous aux plaisirs avilis,
    Emplis nos cœurs de jeunesse et d’audace,
    Dans la forêt, fais nous chasseurs hardis.


Ils ont eu assez de succès au cours des âges et il est nettement moins humiliant pour un paysan de voir son dieu local annexé par le panthéon de la religion officielle que d'en être complètement dépouillé.

Tout ceci s'est fait de façon informelle loin des conciles et des bulles papales et la Légende Dorée n'est pas entrée dans le canon chrétien comme continuation des Actes des Apôtres.

Cela a permis à la religion chrétienne de durer avec une multitude de dieux inscrits dans le paysage local et dans le présent européen avec une religion populaire ignorante d'une théologie centrée sur un pays lointain habité par un peuple ne pratiquant pas une religion que l'on disait née là-bas. 

La langue liturgique fut la langue officielle des élites locales, à savoir le latin, par pur pragmatisme et sans considérations théologiques, ce qui permit aux missionnaires de traduire plus tard les Ecritures dans toutes les langues de la terre. On inventa même le pèlerinage de Compostelle dont les chemins drainaient toute l'Europe et on oublia Jérusalem.

Et c'est ainsi que la prétendue religion universelle du Christ devint celle de la civilisation européenne.

Et donc voici comment des dieux étrangers à la religion initiale furent adoptés sans trop de casse.

L'islam lui s'est farci un os dès le début en logeant le dieu des chrétiens dans son Coran au rang de simple prophète.

C'est absolument ingérable car l'islam ne peut plus alors se contenter d'être indifférent à cette religion comme il pourrait l'être à l'hindouisme, au bouddhisme, ou au shintoïsme. 

Il y a pire : la divinité de Jésus peut être à la fois acceptée par les Juifs, les chrétiens, et les athées, mettant tout ce monde d'accord, ce qui est remarquable.

Pour les Juifs et les athées, cela veut dire que Jésus n'a pas existé puisque ces deux philosophies ont en commun de ne pas reconnaître l'existence de dieux se promenant sur la terre.

Pour les chrétiens, c'est plus gênant car ils veulent bien de Jésus se promenant sur terre, descendant aux enfers, puis ressuscitant, mais pas d'Apollon gambadant dans les campagnes d'Arcadie, ni d'Orphée remontant des enfers, ni d'Osiris ressuscitant.

Pour les musulmans, cette solution est une catastrophe : si Jésus n'a pas existé , le christianisme est bidon sur toute la ligne et aussi faux que n'importe quel paganisme. Mais alors le Prophète s'est magistralement planté. Et cela est inimaginable.

Moralité :

Si vous voulez rester vous-même sans que votre identité ne dépende d'une autre identité, soyez athée ou polythéiste.
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grain2sable

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Messages : 10
Date d'inscription : 17/06/2016

MessageSujet: Re: Être toi à la place de toi   Ven 17 Juin - 15:23

Intéressant ça tient plutot la route.



Citation :
soyez athée ou polythéiste.

ou prendre enormement de recul voir ca via un syncrétisme
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Être toi à la place de toi
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